Any style is contemporary and modern, when it is current and innovative
 

Technique picturale

Amateurs ou professionnels, jeunes ou moins-jeunes, quelques artistes ont écrit à Hocine Ziani, demandant à celui-ci de les éclairer sur des questions touchant la technique picturale, la conception d’un sujet ou d’un autre. Les questions sont diverses et nombreuses. Suite à ces demandes, nous avons jugé utile d’inviter Hocine à donner ses points de vue directement sur le site et ainsi faire profiter tous nos visiteurs de ses réponses. Nous en publions quelques-unes et les renouvelons au fil du temps.

 

Gestation et évolution d'une composition
La composition de cette toile (89x116cm) est encore en gestation. Rien n'est donc sûr ou définitif. Tout peut arriver à cette peinture naissante. L'élément du premier plan est placé légèrement à droite, au tiers, pour laisser assez de place au second plan qui viendra s'ajouter au tiers à gauche, mais qui reste encore à créer ; plus loin, en haut à gauche, un élément se dresse au lointain, il est à estomper car trop apparent pour un dernier plan.
Je disais plus haut que rien n'est définitif. Chaque jour, nous nous transformons plus au moins. L'oeuvre vit avec son auteur et subit cette évolution. Dans son atelier, le peintre vit au quotidien avec son oeuvre ; il la regarde et essaie de donner une suite et un sens à son existance naissante. C'est en ce moment de méditation que souvent l'oeuvre saisit le regard de son auteur et le guide vers un chemin inattendu. Celui-ci devient alors un éxecutant ; il la suit par le regard, puis il passe à l'acte pictural. Ici, sur cette image ci-dessus, le dernier plan a disparu. Quenséquences d'une observation comme celle que je viens de citer, quelques nouveaux éléments viennent s'ajouter au 2eme plan. Mais, c'est encore trop dépouillé pour une toile de cette taille. Tout peut encore changer. Les teintes ont évolué dans un autre sens.

Quelques jours plus tard, des idées et des éléments nouveaux ont surgi dans la composition. Un changement dans le dernier plan vient modifier la composition et surtout situer le lieu de la scène: Venise. Il y a du mouvement et de la perspective. La couleur dominante commence à cimenter le tout pour créer une harmonie chromatique. Selon le rapprochement ou l'éloignement d'un plan, les valeurs de lumière de celui-ci doivent se distinguer de celles des autres plans. Cette règle de la perspective, conditionnant la forme et la couleur, fait ressortir, estomper ou carrément disparaître un détail. Il en est de même pour la couleur qui, selon la distance séparant l'oeil et l'objectif, subit elle aussi la condition de l'espace entre l'observateur et l'objet observé. Vive au premier plan, atténuée au plus loin, la couleur nous joue ses variations et nous indique ses distances. Jusque-là, je n'ai pas terminé avec cette toile ; les jours à venir viendront avec d'autres exigences.

L'image définitive de l'oeuvre.

 

Commencer une toile

La première règle est de penser à peindre impérativement gras sur maigre, maigre sur maigre ou gras sur gras, mais jamais maigre sur gras. Pour diluer maigre, on utilise de l'essence de térébenthine, de white spirit ou leur mélange, résultat: couche mate ; pour le gras, l'huile de lin vous assure plasticité et luminosité, résultat: couche brillante ; l'association de l'huile et de l'essence donne un résultat intermédiaire.

Avant de commencer à dessiner et peindre sur une toile, il est fortement conseillé de mettre au préalable une ou deux couches de peinture à l’aide d’une grosse brosse et laisser sécher. Pour la peinture à l’huile, le séchage dure au moins deux jours. On peut choisir la teinte de cette couleur de fond ; la plus répandue, c’est un gris moyen qui, selon l'orientation chromatique de l'ensemble du tableau final, pourra être légèrement mélangé à une autre couleur. Si l’on sait quelle palette demandera le sujet que l’on va peindre, on peut déterminer donc la couleur de ce fond en s’approchant de celle du sujet. Par exemple, pour un sujet de paysage de marine, la couleur de fond pourrait être un gris bleuâtre, alors que pour une paysage de désert, un gris-ocre.
Cette méthode facilite à poser les touches de lumière sur les parties éclairées et distinguer celles-ci des ombres et des semi-ombres. Vous avez compris que l’on ne peut pas distinguer aisément les touches lumineuses sur une toile blanche. En plus, il est plus agréable de peindre sur une surface qui accroche la matière que sur une surface un peu glissante qu’est l’enduit de la toile.

Composer un tableau

La composition est pour un tableau ce que les fondations sont pour une maison. La solidité, l’équilibre et la forme générale viennent de-là, de la base. Celle-ci mérite tout le soin qu’il faut pour la concevoir. Mais comment? Et quelles sont les règles, si règles il y a? A chacun sa recette, certes, mais une sorte de règles conventionnelles existent selon les penchants et les affinités des uns et des autres.

Il y a des compostions chargées et donc serrées, c’est le goût des artistes qui n’aiment pas le « vide » sur leurs toiles et, à l’inverse, d’autres préfèrent des compositions dépouillées et donc aérées. J’avoue que je suis passé, et dans cet ordre, par les deux options. Au début de ma carrière, j’encombrais mes compositions, puis j’ai fini par les dépouiller de ce qui m’a finalement paru superflu, sans aller toutefois à l‘extrême. Sinon, j’aboutirais au fameux « Carré blanc sur un Fond blanc ». Non, restons sérieux!

La composition est complexe. Elle est tributaire du cadrage du sujet, des lignes et formes principales, la répartition de la couleur et la distribution de la lumière. Tous ces éléments composent et participent à la composition. Celle-ci peut être groupée ou éclatée. Dans le premier cas, les éléments sont rapprochés et serrés les uns aux autres, la composition a plus d’unité ; dans le second, ils sont éloignés les uns des autres et la composition est parsemée et perd de son unité. A mon goût, je préfère la première car on peut mieux la cadrer et rapprocher ainsi les différentes couleurs pour en créer entre celles-ci de l’harmonie chromatique.

Passons à quelques interdits. Par exemple, dans une composition de groupe, de plusieurs personnages ou animaux, il est inconcevable de couper un corps par le cadrage. On ne montre pas un corps sans la tête ou sans les pieds alors que le reste des composants ont tous leurs membres. Il faut éviter de répéter les mêmes attitudes des personnages ou des éléments composant le tableau. Car, la diversité des attitudes donne un mouvement à la composition, donc plus de vie ; le contraire occasionne de l’immobilité et de la lassitude.

Hocine Ziani

 

 

Portrait

 

Muhammad Asad, né Léopold Weiss, est encore un inconnu en France. Et pourtant le destin de cet homme est fabuleux. Né en 1900 en Europe Centrale, modeste journaliste, aux cafés de Berlin et de Vienne, il préfère le style de vie des Arabes. Hôte d'Ibn Saoud, il passe six ans au cœur de l'Arabie. Puis il participe à la fondation du Pakistan dont il devient haut fonctionnaire et qu'il représentera aux Nations-Unies.

 

 

Mirages dépeints


Parfois on voit des formes faiblement éclairées dans le lointain. Des nuages? Ces silhouettes flottent bas, changeant souvent de couleur et de position, ressemblant maintenant à des montagnes gris-brun, mais suspendues dans l'air au-dessus de l'horizon, et prenant ensuite l'apparence si évidente d'ombreux bosquets de pins, mais toujours suspendus dans l'air. Puis les formes se tassent, se transformant en lacs et rivières dont les eaux accueillantes reflètent en frémissant les montagnes et les arbres. Soudain on les reconnaît pour ce qu'elles sont: des mirages, caresses des djinns, qui ont si souvent mené les voyageurs à de faux espoirs et à la perdition. Alors on porte involontairement la main à l'outre suspendue à sa selle..

Muhammad Asad